Peut-on vouloir être immortel ?

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Peut-on vouloir être immortel ?



Analyse du sujet
Les mots du sujet
Etre immortel, c’est bien entendu ne pas mourir. Mais on peut envisager plusieurs formes d’immortalité. S’agit-il de l’immortalité de l’âme ? de celle du corps ? de l’individu ou de l’espèce (le  » on  » ne nous permet pas de trancher) ? On peut même envisager l’immortalité que confère l’histoire aux grands hommes (encore qu’il n’est pas sûr que ce soit réellement l’immortalité car notre espèce est mortelle). Tous ces sens peuvent être pris en compte.
Vouloir : c’est un des termes clefs du sujet. Vouloir ce n’est pas désirer. La volonté est la faculté de se déterminer en se représentant le but à atteindre, pour des raisons ou des motifs. La volonté suppose donc une activité de la raison. Le désir, au contraire, peut être animé par des mobiles c’est à dire des déterminations affectives, passionnelles
Le sens du problème
Le verbe pouvoir a deux sens :  » être capable  » de ou  » avoir le droit de « . Mais la présence du verbe  » vouloir  » fait qu’ici les deux sens se confondent. En effet, si nous sommes capables de vouloir être immortels, cela signifie qu’il est raisonnable de se penser immortel. Il est alors légitime de le vouloir. C’est donc ce vouloir qu’il faut interroger : est-il raisonnable, est-il de droit ? Il s’agit donc de se demander s’il est raisonnable et légitime de souhaiter l’immortalité.



Présupposé de la question
Notre caractère mortel est évidemment présupposé puisqu’on ne peut vouloir que ce qu’on n’a pas.



Réponse spontanée
Elle est affirmative mais, comme toute réponse spontanée, elle doit être soupçonnée.

Plan rédigé
I Les raisons de se vouloir immortel.
En première analyse, il est clair que le désir d’immortalité est un fait quasi universel chez l’homme comme en témoignent les religions qui toutes comportent des croyances concernant une survie après la mort, si variables soient d’ailleurs ces croyances. Mais ce désir est-il raisonnable ? Quels sont les motifs qui peuvent le légitimer ?

1) la conscience de la mort est conscience d’un manque et un obstacle au bonheur.
La mort semble d’abord être un obstacle au bonheur. On peut définir le bonheur comme la satisfaction de toutes nos inclinations aussi bien en extension qu’en durée. Mais si nous devons mourir, cette durée est nécessairement limitée. En ce sens, le bonheur semble inaccessible à l’homme car nous manquons de durée infinie. Le drame de l’homme est de n’être ni un dieu, ni un animal. S’il était Dieu, il ne manquerait de rien parce qu’il jouirait de la perfection de l’éternité, s’il était un animal, il n’aurait pas conscience de sa mortalité et donc de ce manque essentiel qu’est le manque de temps. Il semble que l’animal puisse avoir une certaine forme de bonheur en tant qu’il peut satisfaire ses inclinations immédiates (manger, dormir). L’animal vit dans l’instant et n’a donc pas conscience de cette mort qui bouche son avenir. En ce sens, seul l’homme semble par sa mortalité ne pouvoir être heureux et on peut comprendre qu’il veuille être immortel.
Merleau-Ponty écrit  » On ne fera pas que l’homme ignore la mort. On ne l’obtiendrait qu’en le ramenant à l’animalité (…) C’est l’animal qui peut paisiblement se satisfaire de la vie et chercher son salut dans la reproduction. L’homme ne peut accéder à l’universel que parce qu’il existe au lieu de vivre seulement. Il doit payer de ce prix son humanité. C’est pourquoi l’idée de l’homme sain est un mythe proche des mythes nazis.  » L’homme est un animal malade  » disait Hegel (…) La vie n’est pensable que comme offerte à une conscience de la vie qui la nie. Toute conscience est donc conscience malheureuse.  » (Sens et non-sens)
Cependant, il faut distinguer le bonheur de la béatitude. Notre finitude est moins un obstacle au bonheur qu’à la béatitude. L’idée de durée n’est pas essentielle au bonheur sans quoi on ne pourrait pas parler d’un bonheur bref, d’un instant de bonheur. Lalande écrit :  » Il est important de ne pas confondre le bonheur effectif, fait psychologique, souvent presque animal et l’idée ou plutôt l’idéal du bonheur (que représente aussi le mot béatitude), produit de l’imagination, peut-être contradictoire et en tout cas condamné à demeurer inaccessible. Si la béatitude n’est pas le rond carré, elle est au moins aussi différente du bonheur qu’on peut goûter en réalité que le cercle mathématique d’un rond tracé à main levée.  »
En ce sens, la mort est moins un obstacle au bonheur qu’à cette béatitude à laquelle nous aspirons et cela justifie notre désir d’immortalité. La mort me prive de possibilités. Elle est la négation de mes projets. Elle fait rater une vie quand elle survient trop tôt. Sartre donne l’exemple suivant : si Balzac était mort avant d’avoir écrit Les Chouans, il ne serait resté qu’un obscur feuilletoniste. Il semble bien qu’il vaudrait mieux être immortel.
Sans la mort, l’histoire irait plus vite : que de temps perdu pour chaque génération à assimiler les acquis des ancêtres avant d’apporter à son tour sa pierre au progrès ! Comme l’exprime Kant, dans Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique, un Newton immortel, par exemple, aurait fait avancer la physique bien plus vite.

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2) L’angoisse de la mort.
N’est-ce pas surtout les idées liées à la mort qui expliquent (mais la justifient-elles ?) notre envie d’être immortels ? Il y a d’abord les craintes de l’après mort. Nous craignons la mort par anticipation. La religion nous parle des tourments éternels promis aux méchants. Or, comme nous ne sommes pas des saints, cela nous angoisse. Selon Épicure, ceux qui craignent ainsi les tourments infernaux s’interdisent le plaisir,  » commencement et fin de la vie heureuse « , parce qu’on leur a expliqué que c’était le mal et qu’ils craignent d’en être punis. Certes cette crainte suppose une survie de l’âme qui est une forme d’immortalité. C’est ici le désir de rester sur terre qui s’explique, d’avoir un corps immortel. Elle suppose néanmoins la foi en l’immortalité de l’âme dont personne n’a la preuve.
Il y a aussi la crainte de la mort elle-même, l’angoisse métaphysique d’un jour n’être plus, de perdre cette individualité qui est la nôtre. L’athée ramène la mort au néant et éprouve un sentiment d’absurdité : la vie perd toute valeur et ne demeure que l’angoisse qui peut parfois devenir une sorte d’obsession empêchant de goûter l’instant. Comme le souligne Sénèque, certains ont tellement peur de la mort qu’ils cherchent à l’oublier dans toutes sortes d’excès et, paradoxalement, hâtent le moment de la mort. On peut penser aussi à la théorie du divertissement chez Pascal : la crainte de la mort conduit à une vie factice. On se livre à des activités médiocres simplement pour ne plus voir la mort en face. On peut d’ailleurs donner une dimension psychologique à ce problème : on sait que le drogué, l’alcoolique sont souvent des suicidaires par hantise de la mort. La peur de la mort pousse à l’oublier dans des activités factices… et mortelles. L’inadaptation à la mort a pour sanction la mort elle-même. Souvent celui qui est hanté par la mort finit par se suicider pour échapper à son angoisse.
Comment, en effet, ne pas vouloir être immortel pour échapper à tant de tourments ? Faut-il alors penser qu’immortels, nous trouverions enfin la paix ? En fait, rien n’est moins sûr.

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II Il n’est pas raisonnable de vouloir être immortel.
1) l’immortalité est un obstacle au bonheur.
Il est douteux qu’immortels nous serions plus heureux. Dans le film de science-fiction Zardoz (mais bien d’autres romans et nouvelles reprennent ce thème), des immortels perdent le goût de vivre et sombrent dans l’apathie au point de rechercher le secret qui les rendra à nouveau mortels. S’il n’y a plus de mort, il n’y a plus de besoin (car le besoin n’existe que s’il est vital) donc plus d’urgence à faire quoi que ce soit. Il n’y a plus non plus de sexualité (car la reproduction est l’autre versant de la mort et la mort ne concerne que les espèces sexuées).
De plus, qu’importe une vie infinie si c’est pour refaire toujours la même chose. Qu’importe de vivre 10 000 ans si c’est pour refaire 100 fois la même chose (et dix mille ans ce n’est rien comparativement à l’éternité) ! Une vie infinie finirait par devenir ennuyeuse dans l’éternel recommencement. Être heureux c’est aussi découvrir de nouvelles choses, de nouvelles sensations, mais il arrivera nécessairement un jour où l’immortel aura fait le tour de toutes les satisfactions possibles. Il ne resterait alors que l’ennui de celui qui n’a plus de projet parce qu’il a tout essayé.
Dans une autre optique, Sartre faisait remarquer que ce n’est pas la mort qui constitue notre finitude : même immortels il nous resterait l’angoisse du choix qui fait qu’à chaque instant il nous faut décider et renoncer à certains possibles. Mais si la finitude n’est pas dans la mort, à quoi bon vouloir être immortels ?

2) Le risque.
Les anciens grecs considéraient que les dieux manquaient la consécration qu’est la mort dans la mesure où l’immortel ne peut plus rien risquer (le risque est toujours risque de mort). La vie n’a alors plus de piquant, plus de prix et la plénitude en devient impossible. Les poèmes homériques soulignent que mourir c’est remplir sa destinée d’être mortel. Agamemnon dit à Ménélas :  » Si tu meurs, tu emplis le destin de ta vie « . Mourir, c’est se parfaire.
Nietzsche souligne que la vie c’est le risque. La liberté est risque et seul un être mortel peut risquer et donc être libre. Il suffit de penser à tous ceux qu’on admire parce qu’ils affrontent la mort : alpinistes, explorateurs. Leurs exploits n’en seraient plus s’ils étaient immortels. Savoir affronter la mort est ainsi source de joie. La vie n’a de prix que si on peut la risquer car, ce qu’on risque, on le possède. La vie la plus haute est celle qu’on risque dans des situations limites. Ce n’est pas un hasard si l’on admire et envie ceux qui ont su affronter la mort. C’est Orphée ou Moïse. C’est le résistant contre l’horreur hitlérienne.
Kant nous pose cette question : faut-il envier le  » bonheur  » des bergers d’Arcadie vivant certes sans douleur mais sans fièvre, dans la concorde, certes mais sans grand dessein ? Le bonheur n’est pas le simple contentement animal qui relève plus d’une quiétude imbécile. L’instant de bonheur de celui qui a su risquer et triompher est sans doute l’authentique bonheur. Il ne saurait exister sans la possibilité de la mort. Ceux qui se masquent la mort (voir les hommes du divertissement chez Pascal, voir Heidegger) sont ceux qui ont la vie la plus médiocre c’est à dire une vie gâchée qui cache un désespoir.
Si être heureux c’est satisfaire toutes ses inclinations, l’inclination au risque existe aussi et le bonheur est aussi satisfaction des inclinations en intensité. Or la joie des bergers d’Arcadie est sans intensité parce que sans fièvre. La griserie du héros qui embrase tout son être n’a rien à voir avec la simple gaieté ou le plaisir qui ne concerne qu’une part de la sensibilité. La mort est le stimulant de la vie. Elle évite l’ennui, l’apathie. Elle incite au travail, elle nous éloigne donc de la médiocrité et de l’animalité. Comme l’écrit Kierkegaard :  » Le sérieux comprend que si la mort est une nuit, la vie est le jour, que si l’on ne peut travailler la nuit, on peut agir le jour et comme le mot bref de la mort, l’appel concis mais stimulant de la vie c’est : aujourd’hui même ! Car la mort envisagée dans le sérieux est une source d’énergie comme rien d’autre  »
Heidegger écrivait que  » seul l’homme meurt, l’animal périt « . La mort et la conscience de la mort sont le signe de notre humanité. Elles lui donnent sens. Il n’est pas raisonnable de vouloir être immortel.

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Conclusion.
Contrairement au préjugé commun, il n’est pas raisonnable de vouloir être immortel. Certes, il est toujours possible de le désirer mais ce désir est irrationnel et n’existe que chez ceux qui n’ont pas compris le prix qu’il faudrait payer cette immortalité. On peut penser au contraire que c’est la conscience de la mort et de son néant qui nous ouvre la vie heureuse et peut-être même un accès à l’éternité. Épicure disait du sage qu’il vit comme un Dieu parmi les hommes car les biens qu’ils possèdent sont éternels. Mais c’est la conscience du néant de la mort qui le délivre et l’ouvre à la béatitude car pourquoi avoir peur de ce qui n’est rien ? Nous ne sommes pas immortels et il ne faut pas demander de l’être. Notre espèce n’est pas immortelle et c’est la condition de l’évolution, notre individualité non plus et c’est la condition des idées neuves et du progrès.

 

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