Carrière brisée d’un professeur vacataire, par Daouda Gueye, philosophe

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C’est en 2006 qu’il est entré dans l’enseignement, recruté comme professeur vacataire. Il venait de valider sa licence et s’était déjà inscrit en maîtrise. L’Etat qui l’a recruté était confronté à un besoin important d’enseignants dans la matière qu’il a étudié à l’université. Lui a déposé un dossier à la suite d’une campagne de communication de L’Etat pour encourager les étudiants titulaires de Licence dans cette matière à aller répondre pour aider à combler le gap. Recruté comme vacataire, il n’avait droit à un salaire que pendant l’année scolaire. Durant les trois mois de vacances, il ne recevait rien. En principe, après neuf mois de dur labeur, le travailleur doit accueillir les congés avec bonheur. Ça n’a jamais été son cas pendant les deux années de vacation où il tenait des classes d’examen et faisait face aux mêmes obligations professionnelles que ses collègues fonctionnaires.



Après deux années de vacation, il est devenu professeur contractuel (2008) avec un salaire légèrement amélioré et sur douze mois. Seulement, contrairement à ses collègues fonctionnaires, son salaire tombe vers le 08 du mois, et peut aller parfois jusqu’au 14. Mais comme au temps où il était vacataire, il gérait avec son bailleur pour le loyer et le boutiquier d’à côté pour la ration. Sa famille, elle, est habituée à attendre.



En 2009, il se réinscrit à la Fac, distante de 186 kilomètres de la localité où il est affecté. En 2010, il valide avec la mention Très bien la Maîtrise.
En 2011, il obtient son diplôme professionnel à la Fastef. Alors, il devait faire encore une année comme professeur contractuel. Après cette année (2012), il devait automatiquement être intégré dans la Fonction publique avec une mise en solde et un rappel.



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Ses collègues et ses amis ne cessaient pas, chaque fois que l’occasion se présentait (pendant une discussion où à l’occasion d’un mariage ou du baptême d’un enfant d’un collègue ou ami) de lui asséner cette phrase : « Boy, il faut te marier. Tu vieillis ». Il ne disait rien. Il voulait bien se marier. Il ne pouvait pas le faire. Son père décédé, toutes les charges de sa famille reposait sur ses épaules. Mais il se disait à lui-même et le confiait aux intimes parmi ses amis, que dès qu’il est titularisé la première chose qu’il fait c’est de trouver un terrain où construire pour loger sa mère et ses frères, et prendre une femme.
Alors naturellement, quand son décret d’intégration est sorti (en 2015), cela a engendré un espoir incommensurable et il s’est marié. Lors des discussions avec la belle famille, il a été convenu de ne s’acquitter que des dépenses relatives au scellement du mariage (wareefu jàkka). Mais il devait verser à sa femme la dot avant que celle-ci ne rejoigne le domicile conjugal. Quand sa dame est tombée enceinte, pendant neuf mois il oscillait entre l’anxiété et l’espoir. Il était anxieux parce que des tantes de sa dame lui ont signifié qu’avant de penser baptême il devra d’abord payer la dot (waru gar). Il avait de l’espoir parce qu’il pensait que l’État allait le rétablir dans ses droits.
Jusqu’à maintenant, il court après la mise en solde. Je ne vous dis pas par quoi il est passé quand sa dame donna naissance à un joli bébé.

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Ils sont des dizaines de milliers d’enseignants à travers le Sénégal, affecté en des endroits où les conditions de travail sont infernales, dans des abris provisoires, dans des enclavées, et qui, depuis 2 ans, 3 ans, 4 ans ou plus, courent après une intégration, une mise en solde, un rappel d’intégration, un avancement, j’en passe.

Chaque grandes vacances, ces vaillants fils du pays, au lieu de profiter d’un repos bien mérité auprès des leurs, sont obligés de venir à Dakar squatter les couloirs et bureaux des ministères de la fonction publique et des finances.
Chaque année, les syndicats d’enseignants déposent des préavis de grève pour dénoncer cette injustice et appeler l’Etat à profiter des vacances pour corriger cette iniquité. Chaque année, l’Etat fait la sourde oreille.
Chaque année, à partir de Janvier, les mots d’ordre de grève tombent.
Chaque année, ni l’Etat, ni les parents, ni la société civile, ne disent rien. Chaque année, tout le monde attend la proximité des examens pour ruer dans les brancards exigeant des enseignants qu’ils arrêtent la grève, de penser aux enfants.

Chaque année, les enseignants finissent par céder dans l’espoir que tous ces médiateurs vont exiger de l’Etat le respect des accords signés avec eux. Chaque année l’Etat n’en fait rien. Et chaque année les enseignants, après dépôt de préavis, reprennent la grève. A quand la fin de cette course ?

Par Daouda Gueye

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