A quoi reconnaît-on une fausse science ?

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A quoi reconnaît-on une fausse science ?



Analyse du sujet
Les mots du sujet
Fausse science : une fausse science n’est d’abord pas une science. Mais s’il s’agit de chercher des critères permettant de la reconnaître, c’est parce que, non seulement ce n’est pas une science mais, qu’en plus, elle prend le masque de la science sans en être une. La distinction entre science et fausse science n’est pas évidente s’il nous faut chercher des critères de distinction, sans quoi nous ne serions pas face à un problème philosophique.
On : qui est ce  » on  » qui va reconnaître la fausse science ? Qui est compétent en ce domaine ?
Le sens du problème
Reconnaître, c’est être capable de distinguer, de discriminer. Reconnaître la fausse science, c’est savoir la distinguer de la science. Il s’agit donc de se demander qu’est-ce qui distingue une fausse science d’une science. La réponse doit permettre de dire ce qu’est une science. Quand et selon quels critères peut-on refuser à une discipline le statut scientifique ?



Présupposé de la question
Il existe des fausses sciences. Il existe des disciplines qui prétendent à la rationalité de la science. On peut penser par exemple à l’astrologie qui a effectivement des prétentions scientifiques, mais il en est d’autres comme l’alchimie, la numérologie etc. L’examen des disciplines préscientifiques, dont fait d’ailleurs partie l’astrologie, fait partie du sujet



Réponse spontanée
Il n’y en a pas puisqu’il est justement difficile de reconnaître la fausse science, comme en témoigne son succès.

Plan rédigé
I Comment parler de fausse science ?
Qui est habilité à parler de la science ?
1) Est-ce le scientifique ?
Jamais un savant, en tant que savant, ne nous dira ce qu’est la science. Un géomètre pourrait dire ce qu’est la géométrie mais pas ce qu’est la science. Une science peut au maximum fournir son propre concept mais pas davantage. Le concept de science n’est pas scientifique. Une science particulière ne peut juger des autres disciplines et ne peut dire si elles sont scientifiques. Une science particulière ne montre jamais ce qu’est la science en général. Il est nécessaire de les connaître toutes et de les comparer.

2) Est-ce le philosophe ?
Le concept de science est-il un concept philosophique ? Il est exact qu’il s’est trouvé quelquefois, dans l’histoire des philosophes pour énoncer des critères extrêmement contestables. Par exemple Malebranche, au XVIIème siècle considère qu’il y a science dès qu’une proposition est vraie sans aucun doute possible. A ses yeux, pour savoir ce qu’est une science, il faut se référer à la théologie. Une discipline qui contredit les affirmations de la théologie ne serait plus une science parce qu’il y aurait scandale à contredire les vérités de la foi (on songe aux problèmes de Galilée).
Malebranche doit bien sûr être récusé. Un critère religieux ou moral ne peut décider si une discipline est ou non une science. Mais la philosophie, c’est aussi l’épistémologie et, ici, le philosophe est habilité à parler de la science puisqu’il réfléchit sur l’ensemble des sciences en fonction de critères rationnels. La question qui nous est posée peut donc se formuler ainsi : à quoi le philosophe reconnaît-il une fausse science ?
Descartes, dans la sixième partie du Discours de la Méthode explique que quelqu’un sera dans la fausse science lorsqu’il fera profession de savoir plus qu’on ne sait. Dans toute fausse science, il y a une tromperie puisqu’on prétend savoir ce qu’en réalité on ne sait pas avec certitude. C’est un premier critère qu’il s’agit de développer.

3) Les tromperies de la fausse science
La tromperie première de la fausse science est… qu’elle promet de ne pas se tromper. La science ne fait pas cette promesse. Elle admet la possibilité de l’erreur et est prête à la reconnaître lorsqu’elle survient. La science ne se présente pas comme un savoir assuré porteur de vérités intangibles. Elle reconnaît la possibilité toujours présente de rencontrer un fait polémique qui remettrait en cause en partie son discours. Quelqu’un qui affirme  » voilà la vérité, cela est sûr et certain « , est déjà soupçonnable.
En second lieu, la fausse science promet plus que ce qu’elle est capable de tenir. La promesse est en soi un critère. La fausse science promet, la science n’a pas à promettre car elle permet. Par exemple, l’alchimie promet l’or sans jamais arriver à le produire. La chimie le permet. La fausse science se caractérise par un projet gratuit. La science, au contraire, par ses applications techniques montre ce dont elle est capable.
Ensuite, la fausse science prédit lorsque la science prévoit. Prédire est une attitude de prophète et donc de science fausse puisqu’on prédit toujours sans raison de le faire. La prédiction a un caractère mystérieux. On parle par exemple de don de voyance sans savoir d’où ça vient. Le scientifique au contraire installe des conditions de prévision assurées en déterminant quelles sont les causes qui produiront le phénomène. Freud dans les Nouvelles conférences sur la psychanalyse (dans l’article intitulé  » rêve et occultisme « ) montre que le voyant prédit non ce qui va réellement se produire mais ce que son client désire qu’on lui prédise. En cela, la voyance est en prise avec l’illusion. La science ne prétend pas réaliser nos désirs. Elle cherche seulement à connaître.
Enfin la tromperie de la fausse science réside aussi dans le fait qu’elle prétend faire la même chose que le savant. Elle se dit science, ce qui suppose une attitude vis à vis du vrai et du faux différente de celle de la science. C’est ce qu’il nous faut maintenant examiner.

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II La fausse science, la science et le faux.
1) Quand y a-t-il science ?
Ce qui caractérise la science (à l’exception des mathématiques), c’est d’abord l’accord entre une théorie et une expérience, accord souvent institué par une méthode mathématique de calcul. L’histoire des sciences est l’histoire des déceptions successives de l’ambition de cet accord. La façon dont le savant regarde la science rend compte de cette fausseté possible, de ce désaccord toujours éventuel entre la théorie et les faits. Le désaccord est du reste un point positif qui permet d’aller plus loin.
Il existe pour chaque science un acte de naissance qui consiste en une coupure avec une ancienne façon de penser. Ainsi l’astronomie scientifique naît lorsque Copernic, en renonçant au géocentrisme, opère une coupure avec l’évidence sensible, la chimie lorsque Lavoisier rompt avec les théories de Stahl qui s’en tenait à ce qu’il voyait. La science rompt avec l’évidence, avec l’ancienne façon de procéder.
Quand une science est née, elle continue à avoir un rapport avec le faux. Elle continue à se méfier d’un désaccord possible. Certes, on ne change plus de méthode car celle-ci est désormais scientifique mais on progresse, on rectifie la théorie selon un processus que Bachelard qualifie d’indéfini. Il y a donc un progrès scientifique : toute science a une histoire.

2) Les fausses sciences stagnent.
Les fausses sciences n’ont pas d’histoire. Elles ne nous apprennent jamais rien de nouveau. Bien au contraire, elles se réfèrent à des textes et à des pratiques anciens (pré scientifiques). Elles n’imaginent pas qu’on puisse revenir en arrière, contester ce qui a été une fois admis. L’expérience ne vient jamais contredire ce qu’elle avait prédit car la fausse science ne reconnaît pas que l’expérience puisse contredire ses prédictions. C’est ce que Popper nomme  » l’infalsifiabilité  » de la fausse science qui la situe hors de toute critique. Ainsi l’astrologue énonce de préférence des prédictions trop vagues pour qu’elles ne se réalisent pas. De même, quand les conditions sont réunies pour mettre en évidence leurs erreurs, les fausses sciences ne se rendent jamais à l’évidence des faits mais trouvent toujours une bonne raison pour se justifier. Ainsi le médium prétendra qu’il n’était pas en forme, que les conditions n’étaient pas bonnes etc. Il ne se met jamais dans cette position d’honnêteté intellectuelle qui consiste à dire :  » si je n’obtiens pas tel résultat, c’est que je me trompe  »
Pour les fausses sciences la vérité est dans le passé et non dans le futur, dans des livres sibyllins et mystérieux. Comme l’écrit Couderc dans L’astrologie (Editions Que Sais-je) :  » Ce qui caractérise une fausse science, c’est sa stagnation « . L’astrologie n’a pas tenu compte de la révolution copernicienne. Du reste l’astrologie et l’astronomie n’étudient pas les mêmes choses : l’astronomie s’occupe du mouvement des astres, l’astrologie de leur position. L’astrologie n’est nullement le précurseur de l’astronomie. Entre les deux se situe une rupture épistémologique. Il n’y a pas de progrès des fausses sciences car elles se réfèrent à un discours du passé, dépassé, à la tradition.

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3) Les fausses sciences sont en deçà de la possibilité d’une critique.
Nous avons dit que les fausses sciences ne sont pas falsifiables. Cela tient à ce qu’elles ne font pas appel à la causalité expérimentale mais à une causalité naturelle de sympathie, hors de la science. Le concept de force a un sens expérimental, le concept de sympathie n’en a pas. Il s’agit d’une causalité mystique et donc invérifiable. Les fausses sciences utilisent des raisonnements analogiques irrationnels. Ainsi l’astrologie parle d’un rapprochement entre le microcosme et le macrocosme, ce qui constitue une simple analogie invérifiable.
Les fausses sciences ne sont pas réfutables parce qu’elles refusent le discours rationnel. Tout repose sur l’opinion en l’absence de preuve. Il n’y ainsi aucune généralisation possible. Une expérience scientifique peut se faire et se refaire. Les fausses sciences au contraire prétendent que le résultat dépend de la personnalité de celui qui officie, prétendent à l’importance de faits psychologiques (don etc.) qui rend le propos subjectif et non universalisable.
Il apparaît donc nettement possible de reconnaître les fausses sciences par leur caractère trompeur, leur stagnation, leur caractère infalsifiable, leur appel à l’irrationnel mystique, à l’inexpliqué parce qu’inexplicable. Mais il y aussi des façons de falsifier la science elle-même, d’en faire une fausse science.

III La science falsifiée
1) L’utilisation frauduleuse de procédures ou de concepts scientifiques.
On peut ici évoquer les mathématiques. Il ne suffit pas qu’une doctrine soit mathématisée pour être une science (il existe du reste des sciences non mathématisées comme certaines sciences humaines et une partie de la biologie). Encore faut-il que les mathématiques soient utilisées à bon escient. On peut calculer sur des stupidités. Il y a falsification lorsqu’on utilise les mathématiques hors de leur champ de pertinence. On peut penser bien sûr à la numérologie mais aussi à l’utilisation abusive des statistiques. Selon le bout qu’on les prend, on peut leur faire dire n’importe quoi comme en témoigne l’usage qu’en font les politiques. Si la procédure est scientifique, l’interprétation ne l’est pas. Il en est de même des sondages d’opinion qui prétendent à la rigueur dans le choix de l’échantillonnage mais oublient qu’on cherche à mesurer quelque chose de fluant, de changeant et donc non mesurable.
Il existe aussi une utilisation frauduleuse des concepts scientifiques hors de leur domaine. Le concept de race par exemple n’a qu’une signification purement biologique et du reste limitée. Il n’a aucun sens social. De même parler d’hérédité, de transmissions génétiques dans le domaine de l’étude de l’intelligence ou de la création artistique procède d’une confusion qui est loin d’être sans arrière pensée idéologique. Le concept d’évolution pensé hors du contexte biologique dans le domaine social (l’évolutionnisme social) relève de même d’une falsification tout comme en général l’application de ce qu’on sait de l’animal au domaine humain.
On prétend à la scientificité parce qu’on part de résultats effectivement scientifiques mais on oublie les conditions qui rendent scientifiques ces résultats.

2) Le problème de la vulgarisation scientifique
La vulgarisation est aussi, en un certain sens de la fausse science. On présente ce qui est scientifique sous un jour différent de l’exposé vraiment scientifique pour permettre au non scientifique de comprendre. Mais la vulgarisation renvoie à une simple curiosité à satisfaire et on ne recourt pas à l’enchaînement rationnel de la perspective et de la pratique scientifique. On se borne à relever ce qui est paradoxal, curieux ou ce qui frappe l’imagination. On entoure la science d’une aura de magie qui lui est étrangère comme en témoigne, par exemple, le succès populaire des expériences sur la  » cage de Faraday  » au Palais de la découverte.
Il est des exemples où la vulgarisation scientifique peut même entrer en contradiction avec la théorie même qu’elle veut vulgariser. Ainsi pour faire comprendre la théorie de la relativité, l’exemple de l’observateur de Langevin transpose les résultats de la physique à un niveau où elles n’ont plus de sens. Si à bord de sa fusée lancée à une vitesse proche de la lumière le jumeau de Langevin verrait effectivement son temps se ralentir considérablement selon les principes relativistes, ces derniers montrent aussi qu’une fusée voyageant à une telle vitesse aurait une masse poche de l’infini. Il est donc impossible de produire ce mouvement. On peut aussi prendre pour exemple l’utilisation de la théorie des trous noirs revisitée par Disney : s’il est exact que certains scientifiques ont postulé que les trous noirs pourraient constituer un accès à d’autres mondes ou à d’autres régions de l’espace, en revanche ils affirment aussi que les distorsions gravitationnelles extrêmes qui s’y rencontrent rendent absolument impossible le voyage d’un vaisseau spatial qui au moment de le vérifier serait réduit en poussières.
On rétorquera que nous sommes dans cet exemple bien loin de la science mais il est pourtant vrai qu’il existe toute une mythologie scientifique du reste parfois issue des scientifiques eux-mêmes (voir à ce propos Ortoli et Witkowski, La baignoire d’Archimède).
Pourtant la vulgarisation scientifique n’est-elle pas légitime ? Il est nécessaire de vulgariser mais l’entreprise est difficile. Il y faut des spécialistes comme par exemple Hubert Reeves.

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Conclusion
La fausse science est en deçà de toute possibilité de critique. Il ne faut même pas dire que la fausse science serait une étape préscientifique car elle subsiste même lorsque la science est née. Elle est a-scientifique (y compris du reste dans les falsifications de la science). Il reste alors cette question : qu’est-ce qui fait le succès des fausses sciences ? Pourquoi l’opinion continue-t-elle à s’y intéresser ? D’où vient ce besoin de merveilleux, cette curiosité pour l’étrange, le bizarre qui affecte la science elle-même puisqu’elle n’intéresse que lorsque ses conclusions aboutissent à des paradoxes qui ont des apparences de magie ? D’où vient l’attrait de l’homme pour l’irrationnel ?

 

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