A monsieur le ministre de l’enseignement supérieur, où va l’Université Sénégalaise ? (Lettre Ré-Ouverte)

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A monsieur le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation



PS : Monsieur le ministre, cette lettre n’est pas destinée à votre personne, mais au département qu’elle porte : l’enseignement supérieur, Moteur de tout développement (pour un pays qui se respecte !)



Monsieur le ministre, cela a fait des années qu’une question me taraude: « où va l’enseignement supérieur sénégalais? ». Nombreux sont les étudiants et les étudiantes que cette interpellation taraude quotidiennement. Simples citoyens, acteurs de l’enseignement supérieur, activistes de la société civile, voire responsables moraux sont normalement dans ce même questionnement.



Aujourd’hui, on perçoit chez l’étudiant sénégalais un sentiment réel de désespoir, d’incertitude, de doute, de déception, lesquels sont, on le sait, les premiers facteurs d’abandon et de désintérêt. Certes, nul n’ignore les réalisations de votre ministère, mais il semble que les priorités ont été oubliées.

Parmi les +40 000 bacheliers orientés en 2019, combien ne se sont pas inscrits, faute de moyens ? Combien n’ont pas pu terminé la Licence 1, pour x raisons ? Combien ont terminé la Licence 2 ?

Monsieur le ministre, êtes-vous au courant du nombre important d’étudiants qui font chaque année des demandes d’admission, parce qu’ayant perdu tout espoir pour notre système ? Monsieur le ministre, combien d’étudiants abandonnent l’Université par année, sans qu’on aie les vraies raisons, et surtout les statistiques réels ?

Monsieur le ministre, vous incitez les étudiants à poursuivre leurs études au Sénégal alors que vous ne les avez pas mis dans les bonnes conditions. Ce sont ces mêmes étudiants qui courent derrière la modeste somme de 20 000 ou 40 000 Francs pour survivre. Dans votre politique vous voulez encourager les bacheliers scientifiques, alors que ce sont ces mêmes têtes que vous orientez à la Fac lettre. Monsieur le ministre, dans les réformes de l’enseignement supérieur, il y a une place super importante écrite pour la recherche et l’innovation. Vous voulez que nos étudiants découvrent, créent et innovent au moment où il n’y a que du sel et du sodium dans nos laboratoires ? Nos facultés et UFRs de Sciences manquent de tout, nos étudiants ont du mal pour pratiquer.

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Monsieur le ministre, je sais qu’il y a des réussites qui sortent de nos universités, mais que représentent-elles face au nombre annuel de bacheliers qui entrent à l’Université? Nos programmes universitaires ne font que fabriquer des chômeurs. Les étudiants sortent de l’université sans la moindre préparation professionnelle. Ce sont ces mêmes étudiants avec des masters en poche, qui cherchent désespérément des stages. Parce que même pour avoir un emploi, les entreprises leur demandent des expériences de 5 à 10 ans. Monsieur le ministre, saviez-vous qu’au Sénégal, rares sont les entreprises qui rémunèrent les stages ? Votre collègue de l’emploi est au courant ?

Monsieur le ministre, savez vous que vos étudiants en Licence 3 ou en Master quittent le campus pour faire des concours de niveau Bac ou BFEM ? Et pour ces concours, des sommes faramineuses non remboursables leur sont souvent demandées, sans tenir compte de celles à verser à l’Office du Baccalauréat pour avoir une simple « attestation spéciale ». Vous allez peut-être demander pourquoi une telle attestation, parce que vous n’êtes surement pas au courant de cette galère que nous fait subir l’Office du Baccalauréat pour le retrait de nos diplômes, des diplômes qui nous sont de droit, mais pour les obtenir, il nous faut des années, voire des décennies.

Malgré les mauvaises conditions, beaucoup d’étudiants finissent pourtant par s’en sortir. Autant vous dire monsieur le ministre, que l’étudiant sénégalais ne demande pas beaucoup, il n’est ni agressif ni paresseux. Il a juste besoin de considération et que ses besoins élémentaires sont réglés. Vous ne pouvez pas former un « Sénégal émergent » sans passer par cet étudiant.

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On nous accuse d’un manque de niveau qui est le résultat des très graves lacunes et problèmes qui entachent l’éducation, telle qu’elle est prodiguée depuis plusieurs décennies dans notre pays. Trop de vos étudiants ignorent vos réformes et vos textes. Parce que personne ne leur a appris à les reconnaître.

Monsieur le ministre, en attendant une réponse à ma question « où va l’enseignement supérieur sénégalais? », j’y ajoute une seconde: « Où est l’Etat dans tout ceci? » Comment comprendre ces nombreuses écoles qui s’ouvrent par ci et par là, sans être contrôlées ? Je ne parle même pas de la qualité de la formation, mais même le cadre d’études est hors-norme.

C’est comme si dans ce secteur, personne ne rend des comptes à personne. Sinon, comment pouvons-nous nous taire devant ces nombreux problèmes qui affaiblissent notre enseignement supérieur? Ce dernier a besoin d’actes qui concordent ses discours. Il a besoin de se ressaisir, de retrouver la voie et la voix de l’autorité, de comprendre que tout comportement, selon les cas, mérite punition ou récompense, peu importe la personne mise en cause. A quoi servent les textes, s’ils ne sont pas compris, et encore moins appliqués par et pour nos étudiants et leurs établissements ?

Veuillez recevoir, monsieur le ministre, l’expression de mes salutations les plus patriotiques.

Bara Diaw, Le Petit Sénégalais

PS : Lettre publiée pour la 1ère fois en Octobre 2017, actualisée et ré-ouverte donc en Aout 2021.

A monsieur le ministre de l’enseignement supérieur, où va l’Université Sénégalaise ? (Lettre Ré-Ouverte)
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